Nous n'étions pas les seuls dans cette chasse aux métaux pleine de surprises, car nous ne savions jamais ce que nous ramènerions dans notre véhicule....
La bise,
Denis.
Je suis distrais. Lorsque je bricole, je perds souvent des outils, parfois même entre deux pièces. France dirait qu’à mon âge, c’est normal, vu que je perds aussi des neurones.
Je me console en me disant que c’est de famille, ma maman, elle aussi est distraite. On en rigole souvent. Lorsque j’étais plus petit, quand elle ne voulait pas que je trouve un objet quelconque ou des bonbons, elle les cachait si bien qu’ils disparaissaient à jamais.
Lorsque nous habitions cité des morillons, à Montreuil, elle venait régulièrement me chercher avec la 504. Cette fois ci fut un peu particulière….
Driiiiiiiiiiiiiinnnnnnnggggggggg
11h45, c’est la ruée vers les sorties du CES Georges Polytzer. Les migrations sont accentuées par la faim, je joue des coudes en rattrapant mes lunettes et arrive essoufflé devant la voiture. Mon estomac réclame mais je lui impose le silence car dans moins de 5 minutes, j’aurai les pieds sous la table. A la radio, c’est l’heure de la valise et Michel Drucker annonce :
« Il y avait 9560 francs dans la dernière valise, je rajoute 540 francs pour la somme totale de 10100 francs, je répète 10100 francs, c’est une grosse valise qui n’a plus été gagnée depuis plus de deux semaines mesdames et messieurs, attention, nous appelons dans la région Parisienne »
« Dépêches toi maman, gares toi vite, je monte en courant, 10100 francs, 10100 francs, 10100 francs, 10100, 10100 »
Ouf, je viens de passer le premier obstacle avec le palier des Pissous. J’ai été à peine ralenti par le nuage de gras. Le midi, chez les Pissous, c’est la friterie, et tout l’immeuble en profite. Nous avons un jeu avec ma grande sœur, lorsque nous croisons madame Pissou, nous essayons de deviner son dernier repas. Cela devient de plus en plus difficile, même pour nous qui avons un « nez »
Oui, les odeurs de cuisine se déposent généralement sur les vêtements de Madame Pissou qui n’a que deux tenues référencées :
- Printemps été 1946, et automne hivers 1954.
La mère Denis commençait à peine à faire son entrée dans les foyers et le linge, par ce temps, ça ne sèche pas ma bonne dame. Les effluves des repas des Pissous étaient donc stockés par couches sur sa blouse et il était donc de plus en plus difficile de différencier une tête de veau vinaigrette d’une langue de bœuf sauce piquante voire d’un rognon sauce Pissou, sans tenir compte, évidemment, de l’odeur corporelle de madame Pissou qui donnera l’idée à Mr Moulinex de créer l’appareil à raclette………………………..
Arrivé à notre étage, je découvre ma sœur en train de feuilleter son Podium. Maman me suit de près :
« Sylvie à encore oublier sa clé, et puis, c’est pas juste, elle, elle a son magazine alors que moi, j’attends toujours mon Onze du mois dernier, tu sais, c’est celui avec le poster de Saint Étienne, c’est pas juste…………… »
« Vous êtes aussi étourdi l’un que l’autre, je me demande de qui vous pouvez tenir ? »
« bon, allez ouvres maintenant, on a faim »
« oui, deux secondes tu veux, bon rien dans les poches, attends je regarde dans mon sac »
Comme toutes les femmes du monde, ma mère avait un sac, rouge, avec de petites poches pour ranger proprement les choses dédiées et puis une grande, au milieu pour tout le bordel. Comme elle ne trouva rien dans les petites poches, elle décida de vider son sac, devant nous, sur le palier du troisième étage du 65 allée Fanny devwerpes. C’est sûrement ce grand déballage qui donna l’idée à Mr Moulinex de créer les bric à brac.
Cela permit à ma mère de procéder à un inventaire complet :
- rouge à lèvres, mascarat avec un petit pinceau usagé, 85 centimes en pièces jaunes, des photos de nous Bébé, la dernière quittance de loyer, un carambar au caramel, des cars en sac, deux réglisses en rouleau, de l’aspirine, un petit flacon d’élixir parégorique, des suppositoires à la glicérine, de l’alcool de menthe, 4 morceaux de sucre n° 3, des pansements de toutes tailles, un briquet bic orange, deux tickets de métro usagés, une pince à épiler, une brosse à cheveux, des barettes, des épingles à nourrice, un vieux tube de Métavaccin, des boutons de culottes à coudre et mécanique et enfin un vieux ticket de caisse du Suma d’en face, mais pas de clé……
« Denis, va voir dans la voiture, et n’oublie pas sous les sièges, des fois que… »
Pendant que j’allais inspecter la voiture ma sœur émit une idée……. Double :
« Et si j’allais demander à notre voisin du 4eme de téléphoner à Papa ? »
« Non, t’es gentille, pour ce qui est de faire la causette à ses deux fils, cela peut attendre, et pour ton père, je préfère explorer toutes les pistes avant de me faire disputer »
« Rien dans la voiture maman, t’es allez où avant de venir me chercher ? »
« faire le plein et laver la voiture aux rouleaux, chez Mammouth »
« t’es sur ??????????????? »
« oui, vous m’embêtez, à la fin, j’ai sortis la voiture du garage et………………….zut, j’ai pas refermé la porte, les clés sont restées dessus »
« en plein milieu de la cité, bravo, papa peut dire adieu à ses bouteilles Henri Maire »
« Et mon vélo !!!! »
« Cours la bas, tu iras plus vite que moi en voiture »
« ah,ah,ah, en tout cas pour l’étourderie, on sait de qui on tient »
Arrivé au garage grand ouvert, rien ne manquait. Mon père n’apprit cette mésaventure que bien plus tard. Mon grand-père maternel, qui nous légua ce trait de caractère, avait en partie résolut ce petit problème d’amnésie. Il attachait tous ses accessoires, clé, portefeuille, lunettes.
Il ne perdait jamais rien, mais s’emmêlait souvent. Il ajouta donc une paire de ciseau pour couper les nœuds et une pelote de ficelle pour refaire les attaches. A chaque problème, une solution.
Comme ce jour ou cherchant ses clés ( tiens tiens ), il posa ses yaourts sur le toit de la voiture. Les retrouvant bientôt, il démarra comme d’habitude, a fond la caisse, enfin, autant que lui permettait sa R8.
Lorsqu’il pila sec, au premier carrefour, le pack de 4 Danone vint s’écraser sur le pare brise. La texture blanchâtre lui fit penser, de prime abord, à une déjection d’oiseau. Sortant de son véhicule, la non présence dans notre région d’un oiseau pouvant libérer une aussi grosse quantité de matière le rendit curieux. Il trempa son doigt dans le yaourt au bon goût bulgare et se souvint qu’il avait oublié de les mettre DANS la voiture.
Il appliqua donc sur le champ sa fameuse maxime ( un problème = une solution ) et rationna sa consommation de yaourt à une unité qui serrait facilement balayée par
les essuie-glaces de la R8 en cas d’oublie.
La bise,
Denis.